Exposition – Lectures – workshop du 9 au 12 octobre 2013
Vernissage le samedi 9 octobre à partir de 18h30

Lieu : Où lieu pour l’art actuel, 18 rue Jean de Bernardy, 13001 Marseille
Horaires : du jeudi au samedi de 14h à 19h et sur rdv

Participants et compagnons de dialogue : Fouad Bouchoucha, Pôm Bouvier B, Rémi Bragard, Guillaume Fayard, Jérôme Fino, Esther Salmona, Camille Videcoq, Olivier Zol & Mafalda da Camara.

Un commissariat de Anna Colin
Une proposition réalisée dans le cadre du programme Entrée Principale Session #3


« Je ne sais pourquoi je murmurai : Non ! pas encore… n’allume pas encore… André se détourna : Ah ça, tu me crois fou aussi ? Puis il activa les flammes qui dardèrent leurs langues rosâtres et bleues, mais sans éclairer davantage. Un autre gloussement de cristal jaillit, hésita, changea et se résolut en un chant imperturbable ; qui, renforçant le premier, vint éclabousser les parois, filtra au travers des cordes et les gonfla de son. André fit glisser toutes les draperies : un ruissellement équivoque s’exhala des quatre murailles. Il m’apparut que tout s’éclairait et s’illuminait – mais je repoussai très sagement ces lueurs déraisonnantes ; car il faisait nuit, presque nuit. »

(Victor Segalen, Dans un monde sonore, 1907)

 

Le projet ‘Dans un monde sonore’ emprunte son titre à une courte nouvelle de Victor Segalen. Loué par Claude Debussy à sa sortie, le texte évoque un univers entêtant dans lequel la voix des protagonistes est amplifiée par des résonateurs de cuivre et de verre qui activent des flammes faiblement colorées et chantantes. André, l’ingénieur de ce dispositif acoustique, se plaint de sa femme qui a développé une « perversion de l’ouïe » et se réfugie dans un excès de lumière qu’il abhorre. « Elle n’entend pas dans le noir ». Outre la démence, l’ouvrage de Segalen explore la synesthésie, la simulation sonore et la schizophonie (un terme inventé par le compositeur contemporain R. Murray Schafer pour décrire « la séparation entre un son original et sa transmission ou reproduction électroacoustique ») – autant de notions qui ont guidé les discussions des participants au projet depuis le début de leurs échanges en janvier 2013.

‘Dans un monde sonore’ a commencé par la constitution d’un groupe de travail composé de Fouad Bouchoucha, Pôm Bouvier B, Rémi Bragard, Guillaume Fayard, Jérôme Fino et Esther Salmona, rassemblé(e)s pour le rapport qu’elles/ils entretiennent à la musique, au son, à l’oralité et aux modes de transmission. Au fil des mois et des discussions, le projet s’est déployé en une série de propositions artistiques construites, dans certains cas, en dialogue les unes avec les autres. Chaque participant a proposé une interprétation idiosyncratique des rapports entre son, simulation et perception, prenant pour source l’histoire de la musique, l’espace urbain ou encore l’étude des mythes. A l’invitation d’OÙ, ‘Dans un monde sonore’ se déplie sur cinq jours en octobre, sous forme d’exposition et d’interventions (performances, rituels, ateliers) à OÙ et hors site.

Guillaume Fayard inaugure ‘Dans un monde sonore’ avec un conférence-poème qui explore un certain nombre d’œuvres musicales placées sous le prisme de la simulation. En travaillant à voir comment, en musique, la simulation déplace les faits, s’élabore une compilation tenant du journal d’écoute et de la fiction, comme de l’enquête perceptuelle.

Rémi Bragard propose deux sculptures qui appellent à la manipulation. Il s’agit de disques dentés qui, une fois actionnés par des cordes, génèrent un son proche d’une respiration. L’objet et son mouvement alterné évoquent une technique ancestrale d’allumage du feu, ainsi qu’Iunx, nom attribué à la fois à la naïade Mintha, au Torcol, « oiseau du délire », et à un instrument sonore appelé « diable » par les Grecs anciens pour son pouvoir de magie érotique.

Les motifs de la boucle et de l’illusion se retrouvent dans la pièce de Fouad Bouchoucha qui consiste en un cylindre en verre rempli de poudre et soumis à une rotation continue. Dans un acte sériel mais jamais identique que l’artiste compare aux boucles accumulatives de la musique transcendantale, un relief montagneux se forme et se reforme sans répit.

Jérôme Fino investit lui l’espace public en transformant un conteneur à verre situé à proximité d’OÙ en chaine Hi-Fi dont les entrées sont accessibles. En modifiant le sens des objets familiers qui nous entourent, notamment par le recours au son, Fino œuvre au développement de « l’écoute du regard », thème qui traverse également le travail d’Esther Salmona.

Esther Salmona propose un montage de notes écrites et transcrites sur un parcours fendant la ville, sous forme d’une affiche exposée à OÙ. De cette proposition seront dégagés des protocoles et consignes rejoués lors de l’atelier Écriture en déplacement. La séparation entre la source (l’autour immédiat) et sa traduction par le texte et la voix, autant de systèmes d’échos et de prétextes à déviations fictionnelles, s’opèrera en direct avant d’être relayée à OÙ, sous forme d’une lecture publique.

Pôm Bouvier B se positionne enfin dans ce projet comme compagne de dialogue, travaillant aussi bien en lien avec Esther Salmona et Jérôme Fino, ou encore invitant Olivier Zol et Mafalda da Camara à poursuivre Éthermonia, une série de rituels autour de l’offrande. Ether évoque le cosmos, l’obscurité, le chaos ; Monia, la cérémonie. Si le son n’est pas explicite, il s’immisce dans la préparation des eaux et des potions, comme dans leur partage. Pour ‘Dans un monde sonore’, les artistes proposent un rituel hors site avec un participant unique tiré au sort le soir du vernissage.

Anna Colin

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PROGRAMME

Mercredi 9 octobre, 18h30
Conférence-poem de Guillaume Fayard

Dans une version de cette performance, un écran est présent à côté du speaker. L’écran donne à voir un deuxième Guillaume Fayard, attablé à ce même bureau, lisant un texte imprimé sur le même genre de feuilles A4. Il s’agit d’un manifeste concernant la simulation dans la musique, et la nature essentiellement simulante de l’art – simulation conçue ici comme réplication de la complexité du monde et réplication partielle-combinatoire des œuvres antérieures, servant à la fois de modèles pour la construction d’œuvres futures et d’exemples de simulations préexistantes ; tandis que cette lecture est enregistrée, l’autre des deux Guillaume Fayard se trouve, lui, présentement dans la salle ; il lit maintenant une liste de descriptions d’œuvres musicales ou littéraires impliquant à un degré ou à un autre une pratique de simulation, musicale ou sonore. Sa voix, amplifiée et reprise par des micros, subit en temps réel à peu de choses près le même traitement que celui par lequel Alvin Lucier déforme sa voix en diffusant et réenregistrant une cinquantaine de fois dans la pièce où il l’a prononcée sa fameuse déclaration : « I am sitting in a room different from the one you are in now… ». La voix égrène la liste des œuvres et se perd dans le bruit de fond, la résonance généralisée et les harmoniques, tandis qu’à l’écran, le conférencier Guillaume Fayard continue d’énumérer tous les bienfaits ontologiques de la simulation concernant la musique.

Mercredi 9 octobre, 19h
Vernissage

Jeudi 10 octobre, 17h
Éthermonia, un projet d’Olivier Zol et Mafalda da Camara

Pour la troisième session d’Éthermonia, Olivier Zol et Mafalda da Camara emmène un participant unique dans un lieu tenu secret, pour une expérience sensorielle inédite.  En face à face, travailler les eaux, les chairs et les sens… en silence. Le ou la participant(e) sera tiré(e) au sort le soir du vernissage. Ceux et celles qui souhaitent participer s’engagent à bloquer approximativement 4 heures de leur temps.

Lieu de rencontre : Vieux Port (le lieu exact sera communiqué la veille)
Horaire : rencontre à 17h00. Durée approximative : 4 heures.
Matériel : une petite laine.
Pour participer : contact@rondpointprojects.org
Tirage au sort : soir du vernissage à 20h à OÙ.

Avis : En cas de mauvaises conditions météorologiques, le rituel sera reporté au jour suivant.

Samedi 12 octobre, 14h
Écriture en déplacement, par Esther Salmona

L’atelier Écriture en déplacement propose de ralentir et de regarder autrement ce qui nous entoure, notre environnement quotidien, parfois escamoté par la rapidité de nos trajectoires et par la tension de notre destination. À partir d’un travail de récolte, d’exercices du regard et de protocoles de notations, nous tenterons de redessiner un paysage-portrait de la ville au cours d’un balade qui la fend. Que résultera-t-il de cette mise en tumulte du réel ?

Lieu : Place Bernard du Bois, 13001 Marseille.
Horaire : rencontre à 13h45, départ à 14 heures. Durée : 3 heures 30.
Matériel : de quoi noter, chaussures confortables, petite bouteille d’eau

Réservation: contact@rondpointprojects.org. Gratuit.                 
                 
Samedi 12 octobre, 19h
Lecture par Esther Salmona à OÙ

L’événement Dans un monde sonore s’accompagne de la publication aux éditions IMMIXTION PRESS (division éditoriale de l’association Rond Point Projects) d’une affiche-programme couleur format 59,4 x 84,1 cm, recto-verso réunissant des contributions de tous les participants, images, textes, extraits, re-publications.

Au verso de l’affiche est publié un texte inédit de Guillaume Fayard écrit à l’occasion de ce projet. L’affiche sera diffusée gratuitement à l’occasion de l’événement Dans un monde sonore.

  • Dans un monde sonore, affiche-programme, 59,4 x 84,1 cm, couleur, 300 exemplaires, éditions IMMIXTION PRESS. Au recto, contributions de tous les participants. Au verso, "Des musiques orientées fiction", Guillaume Fayard, 2016.

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