Exposition du 12 septembre au 17 octobre 2020
Vernissage le samedi 12 septembre de 18h à 21h

Lieu : Rond-Point Projects Room, 238 rue Paradis – 13006 Marseille
Horaires : vendredi et samedi de 14h à 19h et sur rdv

Une proposition de Camille Videcoq


Une exposition fabulée comme le souvenir d’une rencontre possible, simplement bouleversante. Ambiance : un groupe des années 80 (oublié), une ode baroque à la polysémie des larmes. Esthétique du sentimentalisme, assurément Camp. Il faut toujours une bande-son pour animer le décor, traverser le miroir, se perdre dans le désir ardent de toucher, du bout des cils, du bout des ongles, le corps voluptueux de la peinture à son comble : ce détail par où elle se disloque en oxymores étourdissants.

Seaven Teares, le titre choisi par Johanna Decker pour sa première exposition personnelle, fait référence à un ensemble de pièces instrumentales publié à Londres en 1604 par le compositeur, luthiste et chanteur John Dowland sous le titre Lachrimæ or seaven teares figured in seaven passionate pavans, with divers other pavans, galliards and allemands, set forth for the lute, viols, or violons, in five parts. Dans un esprit d’anachronisme assumé, on peut décrire ce recueil comme une sorte de concept-album avant l’heure dont tous les morceaux sont des variations sur le thème de « Flow, my tears », titre phare du même auteur sorti quelques années auparavant et devenu l’une des chansons les plus connues de l’Angleterre du XVIIème siècle, un tube à la gloire des larmes, expressions de la joie comme de la tristesse la plus profonde, emblématique de l’exaltation élisabéthaine de la mélancolie.

Librement inspirée de l’œuvre de John Dowland, l’exposition Seaven Teares en conserve la sentimentalité musicale, le goût de la mélodie, thème et variations, le goût des larmes, le goût de l’ambivalence et de l’ambiguïté. Que ce soit sur le mode du flou, de la dualité ou de la convergence des contraires, ces notions trouvent dans les œuvres de Johanna Decker des déclinaisons multiples. Admiratrice insatiable d’œuvres majeures ou mineures de l’art classique, elle n’en assume pas moins l’héritage d’une peinture résolument affranchie tout à la fois du cadre et des reliquats de hiérarchie entre haute et basse culture, iconographie populaire et art supposément sérieux et respectable. De même, la figuration la plus méticuleuse et hyperréaliste côtoie chez elle des formes en devenir, découpes brutes ou lignes ondoyantes. La peinture peut aussi bien s’adosser au mur avec ou sans châssis qu’investir sans réserve la dimension du décor. L’émerveillement que suscite alors son illusionnisme tapageur ne s’oppose pas à l’envie de laisser visible l’envers brut de la structure. Aussi sûrement que le simulacre n’exclut nullement l’authenticité, l’(auto) dérision et la sincérité peuvent gracieusement se conjuguer.

À l’occasion de l’exposition Seaven Teares Rond-Point Projects et les éditions Immixtion Books éditent deux estampes en risographie de Johanna Decker qui seront offertes en exclusivité aux visiteurs de l’exposition lors du vernissage puis vendues sur le site des éditions Immixtion Books.


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